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Lauréats Chaires / RIE

Lauréats RIE / Chaires 2026

RIE HIRUMED

Formée à la sociologie des organisations et plus récemment aux STS, Tonya Tartour, Maîtresse de conférences en sociologie à Sciences Po Bordeaux, a mené des enquêtes de terrain dans des établissements hospitaliers, auprès des professionnel·les et des patient·es, ainsi qu'auprès d'agences de régulation.


Recrutée à Sciences Po Bordeaux en 2022, c'est en arrivant en Nouvelle-Aquitaine qu'elle a commencé à s'intéresser à un traitement peu connu et que l'on pense souvent obsolète : les sangsues médicinales. Pendant une année, elle a mené une enquête exploratoire, en collaboration avec l'historien Jean-Paul Gaudillière, chez l'éleveur local (le seul de France), aux archives départementales pour dater cette industrie, auprès de praticien·nes qui utilisent les sangsues dans une variété de combinaison de soins, puis à l'hôpital, pour connaître leur usage en chirurgie plastique. C'est là qu'elle a rencontré Anaïs Delgove, PU-PH et chirurgienne plastique au CHU de Bordeaux, qui y recourt régulièrement pour sauver des lambeaux et des doigts réimplantés. De cet échange est né HIRUMED, un projet interdisciplinaire qu'elles portent ensemble, entre chirurgie et sociologie.

Le questionnement part d'un paradoxe : comment une pratique cliniquement efficace, mais faiblement étayée par les preuves, se maintient-elle et se légitime-t-elle dans la médecine contemporaine ? Elles souhaitent documenter pour cela les usages actuels de l'hirudothérapie, la façon dont les soignants décident d'y recourir, l'expérience des patients, ainsi que les cadres de régulation en France. Soutenu par l'appel à projets de recherche interdisciplinaire et exploratoire de l'université de Bordeaux, le projet se déroule jusqu'à fin 2028. Il prévoit deux prolongements : d'abord, une exploration des usages aux États-Unis, premier importateur de sangsues françaises ; ensuite, la réalisation d'un documentaire sur les sangsues avec Céline Ségalini (association Intervalles) que nous espérons mener à son terme grâce à un financement spécifique.

 

Chaire Innovation « Sciences participatives en santé »

Béatrice Jacques est enseignante-chercheuse en sociologie de la santé, ses travaux portent sur une diversité de terrains, de publics et de thématiques : le cancer, la santé sexuelle et reproductive, les professionnels de santé, les patients, les patients-partenaires, l’expérience de la maladie, le vieillissement et le cancer, la relation de soin...

Plus récemment, elle a développé des recherches qui mobilisent la démarche participative et la médiation des sciences par les arts. Il ne s’agit plus seulement de travailler « sur » les publics, mais de construire les recherches « avec et pour » eux, en reconnaissant leur expertise et leur capacité à contribuer à la production des savoirs.

Avec Audrey L’Espérance, professeure adjointe en gestion de la santé et des services sociaux à l’ENAP Montréal et plusieurs patientes-partenaires co-chercheuses, elles ont proposé une Chaire Innovation consacrée aux « Sciences participatives en santé ». Pour les deux années à venir, leur objectif est de sensibiliser aux démarches de partenariat en santé et aux enjeux de la participation dans la recherche. Cette démarche s’appuiera sur différents projets déjà menés par l’équipe et prendra notamment la forme de séminaires, d’ateliers, de webinaires et d’autres activités d’animation scientifique.

Chaire Impulsion

Quentin Stoeffler, enseignant-chercheur à Bordeaux Sciences Économiques, a le plaisir d’être lauréat de la Chaire Impulsion des Talents de l’Université de Bordeaux.

Son projet « Protection sociale et inclusion résiliente dans un monde en crises » (PROSIR) sera mis en place à partir de janvier 2027 avec une équipe interdisciplinaire incluant Mélanie Plazy du Bordeaux Population Health (BPH), Quentin Chapus de Les Afriques dans le Monde (LAM), et Claire Gondard et Thomas Thivillon de Bordeaux Sciences Économiques (BSE). Ils travailleront ensemble sur la question du ciblage, c’est-à-dire la façon dont les bénéficiaires de politiques de protection sociales sont identifiés et sélectionnés, notamment dans les pays à faibles revenus.

Le ciblage est en effet de l’un des angles morts des politiques de lutte contre la pauvreté, car l’identification de bénéficiaires est difficile dans des contextes caractérisés par de hauts niveaux pauvreté et d’informalité, ainsi que par des capacités administratives limitées. Les membres du projet travailleront avec des méthodologies diversifiées de façon collaborative et interdisciplinaire sur des données primaires et secondaires, et ils mèneront une expérimentation originale dans un pays d’Afrique pour mesurer et comparer l’efficacité de différentes méthodes de ciblage. Ils s’intéresseront notamment à l’inclusion d’individus souffrant de privations en termes de santé, de revenus, ou de sécurité alimentaire, et à la légitimité des méthodes de ciblage mises en place auprès des populations.

Le projet PROSIR s’inscrit dans un agenda de recherche de long terme du porteur de projet, qui s’intéresse depuis son doctorat au design et à l’impact de politiques de lutte contre la pauvreté en Afrique. Il s’est structuré grâce au projet de la chaire autour de chercheurs s’intéressant à la protection sociale, de politiques publiques ou de santé sous différents angles disciplinaires ou méthodologiques. Ainsi, il regroupe des expertises thématiques et techniques diverses pour pouvoir couvrir la question des politiques de protection sociales sous différents angles, allant de la réflexion conceptuelle à l’analyse de réseaux et à la mise en place d’outils de prédictions fondés sur le machine learning. Il a permis de rassembler des chercheurs et chercheuses qui se connaissaient, mais n’avaient jamais eu l’occasion de travailler ensemble sur un projet de recherche.

 Soutenus de façon dynamique par le département Changes, ils ont eu la chance de porter l’un des deux projets retenus lors de la campagne de sélection 2026 de chaires Impulsion des Talents, mises en place par l’Université de Bordeaux pour accompagner un agenda de recherche interdisciplinaire autour de questions de recherches structurantes et à fort impact sociétal.